Véritable tornade, la jeune rappeuse anglaise Little Simz rafle tout sur son passage. Considérée comme « l’une des meilleures rappeuses actuelles » par Kendrick Lamar, elle a été la première artiste indépendante du Royaume-Uni à être listée dans les « 30 moins de 30 ans » de Forbes. Loin de prendre la grosse tête, l’artiste aux punchlines acérées cultive une simplicité à toute épreuve. À 24 ans, elle revient avec Grey Area, un troisième album placé sous le signe de l’introspection. Véritable ascenseur émotionnel, entre rêves et désillusions, bonheur et nostalgie, on découvre la MC londonienne sous une troublante sincérité.

Grey Area désigne un état d’esprit qui n’est pas clair, des pensées aux contours flous… Cet album t’a permis d’avoir les idées plus claires ? 

Cet album est spécial pour moi, il reflète un moment de ma vie où rien n’avait réellement de sens. J’ai remis en question tout ce que je savais, je me suis rendu compte que je ne connaissais pas vraiment les personnes qui m’entouraient… Rien n’était blanc ou noir, mais plutôt teinté de gris.

La musique t’a-t-elle servi de thérapie ?

Oui, absolument, elle m’a soignée. J’ai voulu sortir tout ce qui était coincé dans ma poitrine et le poser sur le papier. C’est une chance de pouvoir adopter un regard extérieur créatif pour prendre la distance. Tout le monde n’a pas l’opportunité d’avoir la musique comme thérapie. Chaque titre de Grey Area m’a permis de prendre du recul, d’accepter et de passer à travers ce qui semblait être une impasse.

Dans cet album, tu es extrêmement honnête, incisive. As-tu l’impression que la musique aujourd’hui est trop commerciale, emballée et laisse de côté la franchise ? 

Je respecte toutes les formes d’expression musicale puisque chacune d’entre elles découle d’un parti pris. Moi, je joue la carte de l’honnêteté, je n’ai pas honte de qui je suis et n’ai peur de rien. Certains peuvent voir mes paroles comme un poison que l’on n’a pas envie de toucher. Alors qu’au contraire, dans ma vie je suis plutôt quelqu’un de privé. Quand j’écris, je me livre complètement et je ne m’arrête que quand j’ai le sentiment d’avoir vraiment tout dit, quitte à blesser l’égo de certaines personnes.

As-tu l’impression d’avoir grandi en tant que personne mais aussi en tant que femme depuis ton deuxième album Stillness in Wonderland

Oui, cela me fait peur d’ailleurs de voir à quel point j’ai grandi en aussi peu de temps.  Je prends conscience que la vie peut être simple et complexe à la fois. J’essaie de désapprendre tout ce qu’on m’a appris et de réapprendre mais d’une manière différente et d’en sortir avec ma propre pensée. Je crois que c’est la force d’une femme d’être capable d’autant de métamorphoses. J’admire aujourd’hui des artistes féminines comme Jorja Smith ou Cleo Sol, qui a apporté son élégance et sa sensibilité pour le titre « Selfish ».

Aujourd’hui, es-tu prête à passer sur le divan ou Grey Area te suffit-t-il ?

Je suis encore jeune et têtue. J’ai envie de bouger et pas de m’allonger pour parler de mes problèmes. Je suis heureuse et j’ai des pensées bien plus positives.

 

 

Photos de ©Jack Bridgland

Little Simz

Grey Area

(Age 101)

Sortie le 1er mars 2019