Avant d’apprécier la magie du mythique duo australo-britannique formé par Brendan Perry et Lisa Gerrard sur la scène du Grand Rex les 10 et 11 mai prochains, revenons sur leur dernier album en date, Dionysus. Avec cet album de 36 minutes segmenté en deux parties, à la fois luxuriant et foisonnant d’exotisme, Brendan Perry a su relier le mythe du dieu grec du vin à diverses célébrations et bacchanales du monde entier. Cet opus se présente donc comme une sorte d’oratorio en deux actes avec sept mouvements.

Six ans séparent leur précédent opus Anastasis, album de la renaissance publié en 2012 après une longue période de silence (suite à leur première séparation en 1998, puis leur tentative de réformation avortée en 2005), et Dionysus, album concept qui repousse une fois de plus les contours de l’univers du duo. Regorgeant d’influences provenant du monde entier, entre folk européenne, chœurs chamaniques, rythmiques étourdissantes, sonorités orientales, Dead Can Dance utilise une impressionnante panoplie d’instruments collectés aux quatre coins du globe (berimbau brésilien, balalaïka russe, gadulka bulgare, flûte aztèque…), mais aussi des bruits enregistrés en pleine nature que survolent les invocations vocales de notre contralto préférée accompagnée de son fameux yangqin (sorte de tympanon chinois à corde), évoluant dans des atmosphères tantôt arides, tantôt moites, avec la même aisance déconcertante. Un des moments culminants de l’album se situe dans le second acte, lorsque le duo Perry/Gerrard se forme, usant d’un étrange langage dont eux seuls ont le secret, une langue inconnue que Lisa avait qualifié de « langage du cœur ».

On croyait bien avoir compris la formule secrète de Dead Can Dance, mais Brendan Perry, en bon sorcier du son qu’il est, brouille à nouveau les cartes et réinvente une fois de plus la mythologie d’un duo qui n’a pas fini de nous surprendre et de nous envoûter : de leurs débuts post-punk en 1984, en passant par la recherche du spirituel (The Serpent’s Egg), l’incursion dans musique baroque (Aion), jusqu’à Into the Labyrinth (1993), probablement leur album le plus accessible parmi une discographie sans concession comportant pas moins de neuf albums.

Et ce n’est pas parce que Brendan a choisi l’image d’un masque multicolore provenant de la tribu indigène Huichol (vivant dans la Sierra Madre au Mexique) qu’elle nous donne une clé d’entrée sur cet album, enregistré en Bretagne (où vit désormais Brendan avec sa famille), puis dopé par un passage dans les studios Abbey Road. Dionysus nous embarque dans un voyage à la fois géographique, mêlant les latitudes, et historique, du Moyen-Âge jusqu’à aujourd’hui, le tout entre grandiloquence et intimité. Dionysus respire tout à la fois : la terre, l’eau, l’air… la vie tout simplement.

Dead Can Dance

Dionysus

(Dead Can Dance / Pias recordings)

À ne pas manquer : 2 concerts exceptionnels au Grand Rex (Paris) les 10 et 11 mai.