Considéré à ses débuts comme le fils spirituel de Laurent Garnier, Agoria a gagné ses galons depuis belle lurette : le DJ/producteur lyonnais a co-fondé le festival électronique Nuits Sonores en 2003 et le label Infiné en 2006, il a publié pas moins de quatre albums studio et au moins autant de compilations mixées, composé pour des BO de films et finalement créé son propre label, Sapiens, en 2016. On ne vous parle même pas des miles qu’il a cumulés lors de ses booking aux quatre coins du globe !

 

©Charlotte Abramow

 

Aujourd’hui, 8 ans après son dernier opus Impermanence, il revient avec Drift, un nouvel album dans lequel soufflent l’amour de la musique et un certain hédonisme de bon aloi, entre bon goût et plaisir coupable.

8 années se sont écoulées depuis ton dernier album…

Je sais que 8 ans cela peut sembler long, mais ça passe très vite. J’ai beaucoup tourné et voyagé, je me suis occupé aussi un peu de ma vie personnelle, j’ai créé un nouveau label et puis j’ai rencontré des artistes fantastiques. C’est d’ailleurs pour eux que j’ai créé le label, et notamment pour le jeune pianiste auteur-compositeur français Sacha Rudy, qui a un duo intitulé Zero avec le rappeur et guitariste londonien Uzzee. Ensemble, ils créent une sorte de jazz électro improvisé très fin, très élégant, un peu à la King Krule. Et comme j’ai fait pas mal de musiques de films, notamment pour Jan Kounen, j’ai pu rencontrer d’autres fans du son comme Nicolas Becker, qui a fait tout le sound design des films Gravity, The Arrival.

Qu’est-ce qu’il a fait avec toi sur l’album ?

Il est quasiment sur tous les morceaux, mais il s’agit de sound design : on ne l’entend pas beaucoup, mais sans lui le disque ne serait pas du tout le même. Le sound design, ce sont des sons additionnels, il écoute les morceaux et ajoute des sons, des textures, une ambiance…

Peut-on parler d’enrichissement sonore ?

C’est tout à fait ça ! J’ai même poussé le vice car j’ai fait un mix pour la BBC il y a quelques mois, la fameuse série Essential Mix qui est un peu la Rolls des DJ sets mondiaux. Donc en fin d’année dernière, j’ai fait un mix et lui ai demandé qu’il le remixe, c’est-à-dire qu’il a ajouté plein de sons sur le DJ set : parfois on entend des moines thaïlandais, parfois on a des sons solaires…

Cela veut-il dire que cet album est plus cinématographiques que tes précédents ?

C’est difficile pour moi d’avoir le recul nécessaire pour en juger, en tout cas je n’ai pas voulu faire un album en lien avec le cinéma. C’est vrai qu’ « Arêg » ou «Computer Program Reality » ont effectivement une dimension cinématographique. Par ailleurs, je conclus le second avec un extrait d’une conférence donnée par Philip K. Dick dans les années 70 qui dit que l’on vit dans un programme d’ordinateur réel et qu’à chaque fois que l’on a une sensation de déjà vu, c’est qu’il y a un bug de la matrice. C’est un des premiers à avoir pris la parole sur ce sujet. D’ailleurs aujourd’hui Yuval Noah Harari avec son livre Sapiens (qui a donné le nom à mon label) participe de la même démarche, où la vie que l’on perçoit n’est juste qu’un algorithme sur lequel on n’a aucun réel pouvoir.

Ton album est à la fois pop, électronique, cinématographique et encore plein d’autres choses…

En fait, il drifte (rires)… Je vais expliquer ça par une analogie à ce qu’avait dit Derrick May à la question « Comment vous définiriez la techno? », il avait eu cette image assez dingue : « C’est la rencontre entre George Clinton et Kraftwerk dans un ascenseur ». Pour moi, le « drift », c’est être calé dans son canapé, entre son bon goût et son plaisir coupable. Je ne suis pas en train de dire que le « drift » va révolutionner la musique comme l’a fait la techno entendons-nous bien, c’est plus quelque chose de sensoriel et qui touche le quotidien. Mon quotidien à moi, depuis que je suis arrivé à Paris, a été sensiblement différent de celui des trente dernières années passées à Lyon : j’ai été vraiment « drifté » chaque jour par des personnes qui m’ont appris ou enseigné des choses incroyables, que ce soit des réalisateurs de cinéma, des écrivains, des musiciens ou des breaks de l’art contemporain… Sur ce disque, c’est ce que j’ai essayé de partager. Pour « Embrace The World », Phoebe Killdeer a écrit un très beau texte sur la position dans laquelle on se trouve dans le monde rugueux d’aujourd’hui, entre tensions sociales et politiques ; je l’ai volontairement mis en image par la réalisatrice Jessy Moussallem avec ces militaires au Liban, la vidéo est tournée dans une base en activité, sous les bombes, ce qui donne une dimension assez puissante. Moralité : d’un côté on a la possibilité de changer le monde ; de l’autre on est content d’en faire partie en postant des stories sur Instagram…

Il y a pas mal d’invités différents sur l’album…

J’ai rencontré tous les artistes avec lesquels j’ai travaillé sur le disque. C’est très éclaté comme choix d’artistes, mais il existe tout de même un vrai lien entre tous les titres. J’ai rencontré Phoebe Killdeer dans un bar à Berlin, où je l’ai aidée à brancher ses platines alors qu’elle devait faire un DJ set. Elle a enregistré la voix du morceau chez elle, sans trop de moyen, mais avec une intention incroyable. Je crois beaucoup à l’énergie de l’instant. Quant à Sacha Rudy, j’ai travaillé avec son père Mikhail Rudy, qui est un des plus grands pianistes au monde et qui m’a dit : « Mon fils a 16 ans, il fait de la musique, est-ce que tu veux écouter ? » Ce que j’ai entendu m’a bluffé et on s’est mis à travailler ensemble. On le retrouve sur plusieurs morceaux de l’album comme « It Will Never Be The Same ». Pour le rappeur golden boy de LA, S.T.S., il a plié le morceau « Call Of The Wild » avec une précision impressionnante alors qu’il fumait spliff sur spliff… Noémie m’a interpellé dans un bar en me lançant qu’elle était chanteuse, on est allé écouter sa voix dans mon studio et on a fait le morceau « Remedy » directement ! Rencontré au festival Scopitone à Nantes lors d’un live impromptu, Jacques, a ajouté un son jeu de guitare floydien sur « Scala », ce qui a littéralement emmené le titre ailleurs. On collabore ensemble depuis sur Sapiens aussi, j’ai fait un remix d’un titre à lui et je vais sortir un maxi de ses productions.

 

Drift est certainement l’album le plus ouvert qu’Agoria ait produit depuis ses débuts, exit l’électronica intimiste pour une ouverture quasi humaniste de sa musique où il infuse tous les styles musicaux qu’il affectionne, sans arrière pensée ni calcul, pour son plaisir et surtout pour le nôtre. Maintenant il est temps de drifter….

Le clip d’Agoria feat Blasé «You’re Not Alone » co-réalisé par Hernan Corera et Cornas & Cavia a été nommé aux Berlin Music Vidéo Awards.

 

AGORIA

Drift

(Sapiens/Mercury/Universal)

@agoriaofficial sur Facebook

@agoria sur Instagram

https://agoria.lnk.to/Drift

https://sapiensrecords.bandcamp.com

©Charlotte Abramow

DATES LIVE :

13/04: Coachella – Palm Springs, United States (DJ)

20/04: Coachella – Palm Springs, United States (DJ)

30/04: Bozar Night – Brussels, Belgium (DJ)

04/05: Les Electropicales Festival – La Réunion (DJ)

18/05: Stroke OpenAir Afterparty – Munich, Switzerland (DJ)

24/05: IMS Dalt Vila – Ibiza, Spain (DJ)

26/05: Gather Festival – New York, United States (DJ)

31/05: Primavera Sound – Barcelone, Spain (LIVE)

01/06: Rex Club, Paris (DJ)

03/06: Circo Loco at DC10 – Ibiza, Spain (DJ)

15/06: Musée Electronique Festival – Grenoble, France (DJ)

06/07: Evasion Festival – Vaux-en-Velin, France (DJ)

08/06: Let’s Docks – Cahors, France (LIVE)

13/07: Electronica Festival – Istanbul, Turkey (DJ)

14/07: Musilac – Aix-les-Bains, France (LIVE)

21/07: Bonobo presents Outliers – Barcelona, Spain (DJ)

03/08: Family Piknik – Montpellier, France (LIVE)

04/08: Osheaga – Montréal, Canada (DJ)

10/08: Dreambeach – Almeria, Spain (DJ)

16/08: Pukkelpop – Kiewit, Belgium (LIVE)

17/08: Lowlands – Amsterdam, Netherlands (LIVE)

25/09: Elysée Montmartre – Paris, France (LIVE)